Déclaration du Dr Mukwege sur le verdict du procès de viol des enfants à Kavumu/RD Congo

Depuis hier mercredi 13 décembre, les rideaux sont tombés sur le procès de Kavumu. Un procès pour viol de 42 enfants de 18 mois à 10 ans. Le verdict a été exemplaire : douze condamnations pour crimes contre l’humanité ont été prononcées. Ces condamnations augurent-elles l’avènement de la victoire de la Justice sur la culture de l’impunité en République Démocratique du Congo?

Je félicite les parents des victimes pour leur courage. Ils ont su tenir bon jusqu’à la fin du procès malgré les menaces et les intimidations de toutes sortes. Ils ont su braver la peur, la honte, la stigmatisation pour faire valoir leur droit. Je salue avec respect et grande émotion ce vent de vérité et de fermeté qui souffle sur notre justice militaire qui a su montrer à la face du monde qu’elle est capable de dire le droit et rien que le droit quelle que soit l’influence politique du prévenu.

Ce verdict donne l’espoir à la multitude des victimes silencieuses et traumatisées qui n’osent se plaindre faute de foi en notre justice.
Ce procès de Kavumu est un message fort adressé aux dirigeants politiques, à tous niveaux, qui entretiennent des milices. Des milices qui tuent et violent les civils, attaquent les forces armées congolaises et les forces des Nations Unies. Des milices qui commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité judiciairement imprescriptibles. Le message envoyé est clair, tôt ou tard la justice vaincra.

J’exprime ma gratitude au staff de l’hôpital de Panzi, de la Fondation Panzi et à nos collaborateurs des organisations PHR et TRIAL. J’exprime ma reconnaissance aux experts en droit humanitaire et international ainsi qu’aux experts psychologues pour leur soutien aux victimes et la détermination à faire aboutir ce procès.
Cette collaboration qui fera date, est un exemple d’humanisme, d’altruisme et d’efficacité ; un modèle de lutte contre l’impunité dans les zones de conflit. Elle mérite d’être félicitée et répliquée dans d’autres zones de conflit. Pour faire un monde meilleur, chacun devrait apporter le meilleur de lui-même, sa pierre à l’édifice, c’est ce qu’ils ont su faire avec professionnalisme.

Il reste en suspens, l’épineuse question de réparations. La littérature scientifique ne nous éclaire pas suffisamment sur les conséquences des viols de masse chez les bébés. Il n’y a pas beaucoup d’études rétrospectives portant sur des bébés laissés en vie dans le contexte de conflits où le viol est utilisé comme arme de guerre.
Pour certaines de ces enfants violées en dessous de l’âge de vingt-quatre mois, il faudrait non seulement leur assurer un suivi psychologique et médical pendant au moins les 17 ans à venir, mais aussi une évaluation complète des conséquences de ces viols avec extrême violence, sur leur sexualité, leur fertilité et leur comportement. Cela ne pourra se faire que lorsqu’elles atteindront leur majorité. Le processus de leur guérison ne fait donc que commencer.

J’encourage les équipes de suivi gynécologique, pédo-psychologique, psychosocial ainsi que les parents à accompagner ces enfants avec amour, tendresse et grâce afin que la victoire sur leurs bourreaux soit totale et avec le moins des séquelles possibles.

Il va sans dire que la protection des témoins, des parents et des différents acteurs de la prise en charge passée et future de ces enfants est indispensable.

Avec davantage de volonté politique nous pouvons vaincre l’impunité, bâtir un monde plus sûr et un meilleur avenir pour nos enfants et les générations futures.

Dr Denis MUKWEGE.

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