LE PROJET DORCAS RURALE PARTICIPE A L’AUTONOMISATION DE LA FEMME

30 Mai
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LE PROJET DORCAS RURALE PARTICIPE A L’AUTONOMISATION DE LA FEMME

Environ 500 femmes de la plaine de la Ruzizi, en territoire de Walungu et Uvira ont bénéficié de l’appui de la Fondation Panzi depuis 2012, grâce au financement de la Fondation Stephen Lewis. Pour atteindre ce pari, le projet Dorcas rurale et son initiateur, le Professeur Denis Mukwege ont octroyé des microcrédits aux femmes de Kamanyola et Katogota. Les bénéficiaires se sont ainsi regroupés en mutuelles de solidarité (MUSO). Deux ans après avoir reçu une subvention en nature, ces femmes témoignent avoir réussi à reconstruire leur via l’accompagnement qu’elles ont reçu. Ces dernières ne tarissent pas de reconnaissances à l’égard du Professeur Mukwege, précurseur de cette initiative.

Pour la petite histoire, Dorcas Rurale est un projet de la fondation Panzi. Comme son nom l’indique, ce projet est à vocation rurale. Il intervient pour la réinsertion socioéconomique des femmes ayant été prises en charge à Panzi, et qui sont retournées dans leurs villages de provenance. Avec l’appui financier de la Fondation Stephen Lewis et du projet de développement de l’Union Européenne, le projet Dorcas Rurale octroie des microcrédits aux femmes venues de Panzi (des survivantes de violences sexuelles et des patientes de pathologies gynécologiques soignées à l’Hôpital de Panzi) et à d’autres femmes vulnérables de la communauté en vue de les rendre autonomes et financièrement utiles à leurs familles.

Cette subvention peut être soit en espèce (une somme d’argent est mise à la disposition de la bénéficiaire pour mener une activité commerciale) ou en nature. Dans ce dernier cas d’espèce, le projet appuie des activités agricoles et pastorales des bénéficiaires en leur offrant soit des lopins de terre – qu’il cultive pour elles – et de la semence ou encore en leur donnant du bétail pour le petit élevage.

MUSO, l’approche qui sauve des milliers de femmes

En vue de renforcer la réintégration socioéconomique des femmes, et de rassurer la pérennité de cet accompagnement, le projet Dorcas Rurale regroupe ses bénéficiaires au sein des Mutuelles de Solidarité (MUSO). Au sein de ces organisations d’intérêt économique, les femmes, bénéficiaires de la Fondation Panzi, s’associent à d’autres membres de la communauté, et font des cotisations pour constituer des épargnes. Selon la nécessité, les membres des MUSO s’octroient des crédits pour financer leurs activités génératrices de revenus et, le cas échéant, pour répondre à d’autres besoins vitaux.

A Kamanyola et Katogota, dans la plaine de la Ruzizi (partie de la province du Sud-Kivu au carrefour entre la RDC, le Rwanda et le Burundi), cette approche a été expérimentée depuis l’année 2012, grâce à l’appui financier de la Fondation Stephen Lewis.

La mission d’évaluation effectuée, du 23 au 25 mai 2019, dans cette partie de la province du Sud-Kivu, a constaté une nette amélioration des conditions de vie des membres de la communauté ayant intégré ses associations, et qui reçoivent régulièrement un accompagnement technique de la part de la Fondation Panzi.

La majorité des bénéficiaires du projet, exercent une AGR dont le capital provient du crédit reçu de leur MUSO, ou grâce à la subvention (en nature et en espèce) et aux formations en métiers qu’elles ont reçus dans le projet. Ceci a un impact très visible au sein de la communauté car aujourd’hui, les femmes n’ont plus besoin d’attendre le seul apport de leurs maris (pour celles qui en ont encore), ou d’aller mendier (pour les veuves et les femmes non mariées). Ces femmes sont fières de nourrir, de vêtir et scolariser leurs enfants sans attendre l’aide extérieure.

Les femmes vendeuses, éleveuses et cultivatrices sont devenues le principal moteur de l’économie de leurs contrées. C’est le cas de Katogota où la grande boutique de la cité appartient à une femme membre d’une MUSO. Son business s’est accru grâce au prêt qu’elle a reçu et des notions apprises à l’antenne de la Fondation Panzi à Katogota, dans le domaine des affaires. En plus des activités génératrices de revenus individuelles qu’elles exercent, les membres des MUSO exercent également des activités agropastorales et commerciales communes. Ces AGR ont été financées au départ par la Fondation Panzi, et à présent, leur impact est visible au sein de la communauté. Les bénéficiaires sont parvenus, grâce à l’encadrement continuel leur offert, à pérenniser et à améliorer ce don. Particulièrement, à Katogota, où la vie a semblé s’être éteinte après le massacre de l’an 2000, les interventions de Panzi ont ainsi  redonné l’espoir du décollage dans la cité.

Selon ce témoignage de la notabilité locale, ‘ avant la venue du projet Dorcas Rurale, rien n’animait la vie économique à Katogota’. Il était impossible, témoignent les notables du milieu, de trouver où se payer une bouteille d’eau. Mais actuellement, ce centre redevient progressivement un pôle d’attraction économique. Les femmes membres des MUSO pratiquent de l’élevage du gros et petit bétail associé à l’agriculture vivrière. Elles effectuent localement des petits commerces au niveau local et transfrontalier.

Clé de l’épanouissement social

Des violences liées aux préjugés et autres stéréotypes jadis enregistrés dans la plaine de la Ruzizi connaissent une régression grâce à l’approche MUSO. En effet, il y a pas longtemps  qu’il était inadmissible pour une femme de se construire une maison. Mais actuellement, les bénéficiaires, membres des MUSO ont réussi à se bâtir des logis en matériaux semi-durables, ce qui est une garantie pour leurs familles.

En dehors de l’apport économique, cette approche d’accompagnement de la femme a également débouché sur l’épanouissement social de la femme. Dans cette contrée, le leadership féminin en train de germer. A Katogota, le chef de localité s’est fait représenter au sein d’une réunion solennelle par une femme, membre d’une MUSO, qui est aussi membre de son conseil.

L’adhésion massive des hommes, dont des leaders communautaires, au sein des mutuelles de solidarité est une preuve que la cohésion sociale est en train de prendre  la place dans  la communauté.

Réussite de l’approche, un motif de satisfaction pour la coordinatrice

Madame Elisabeth Mushengezi, coordinatrice de Dorcas rurale se dit satisfaites de résultats enregistrés les deux dernières années que les femmes sont restées seules. L’idée de les avoir regroupées dans des MUSO est une voie qui a permis leur émergence. Elisabeth reste optimiste quant à l’avenir de ces femmes qu’elle porte à cœur, et dont la reconnaissance à son égard ne fait montre d’aucun doute. Voici ses propos recueillis par la rédaction :

« Je suis à la fois impressionnée et  touchée. Quand je suis arrivée ici, entre 2012 et 2015, ces mamans étaient froides. On sentait qu’il y avait quelque chose qui manquait en elles. Elles ne pouvaient pas s’exprimer comme elles sont en train de s’exprimer aujourd’hui. Mais aujourd’hui, elles se sentent libres de parler ; et cela fait notre joie. A voir comment elles évoluent sur le plan économique, [allusion faite à une maman qui a pu faire étudier ses enfants, dont l’un a décroché son diplôme de licence et un autre le graduat, grâce aux formations reçues, à la subvention et au crédit reçu de sa MUSO], cela m’a vraiment impressionnée, ça m’a beaucoup touchée », a fait savoir madame Mushengezi [dénommée maman Dorcas par ses bénéficiaires, allusion à la charitable Dorcas de la Bible] au sortir d’une réunion avec les bénéficiaires de Katogota.

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