Pour le Prof. Denis Mukwege: L’approche santé mentale, réel besoin au Congo

L’Hôpital Général de Référence de Panzi a organisé, ce vendredi 16 février 2018, une journée porte ouverte portant sur la sensibilisation d’une prise en charge psychiatrique au sein de l’institution sanitaire. Dans le souci d’offrir à ses patients une prise en charge adéquate et holistique, l’Hôpital Général de Référence de Panzi met à la disposition de la population un service de Psychiatrie. En République Démocratique du Congo, la maladie mentale est souvent mal connue, mal interprétée et mal perçue. Ce service au sein de l’Hôpital permettra à ce que les patients atteints de troubles mentaux puissent être accompagnés et soignés.

Si l’idée d’introduire l’approche « santé mentale » dans le système de prise en charge ne semble pas être pertinent pour plusieurs chefs d’établissements sanitaires congolais, ce n’est pas le cas de l’Hôpital de Panzi. Cette institution, spécialisée dans la prise en charge des femmes victimes de violences sexuelles ayant contractées des pathologies gynécologiques graves, fait le lien entre ces violences et la souffrance mentale restant attachée au destin des survivantes, après les soins physiques que leur offrait le Professeur Denis Mukwege.
« A un moment, nous avons constaté que les malades que nous prenions en charge à Panzi ne partaient pas… Et donc, on a introduit la santé mentale pour permettre à ce que l’on ne puisse pas continuer à leur donner des médicaments de façon indéterminée », a révélé le Docteur Denis Mukwege lors de son intervention au cours de la réunion de sensibilisation de ce vendredi.

Dans un pays en proie à d’interminables résurgences de conflits et attaques armés, les pathologies mentales finissent par se généraliser à toute la population. La mise en exergue de certains cas récents d’attaques criminelles, ciblant des populations civiles inoffensives de la ville de Bukavu, fait de la problématique santé mentale une évidente nécessité dans les structures de santé de trois zones de santé urbaines.
Cependant, compte tenu des situations traumatisantes que subissent les populations congolaises, il est surprenant que la prise en charge psychologique et psychiatrique ne soit pas intégrée dans toutes les structures sanitaires de la RDC. Le Professeur Dr. Denis Mukwege s’est montré très déçu que les autorités sanitaires du pays et de la province n’aient songé à intégrer effectivement cette indispensable dimension dans les soins de santé primaires.

« Les personnes qui ont été victimes de soir [allusion faite aux assassinats nocturnes de ce jeudi 15 février 2018, dans la ville de Bukavu], vous n’allez pas entendre quelque part où l’on dit que la zone de santé appelle toutes ces personnes pour qu’elles viennent recevoir un appui psychologique ! C’est un besoin réel, mais tout simplement, nous vivons avec le mal en considérant en quelque sorte que le mal était devenu une partie de notre vie », s’est indigné le gynécologue en présence du Médecin chef de zone d’Ibanda et d’autres responsables politico administratives conviés à cette réunion.
Si Panzi a pris le devant, le docteur Denis Mukwege en appelle à la responsabilité et à la prise de conscience de tous les décideurs du domaine médical du pays car la négligence de cette approche implique la pérennisation d’un mal qui, à la longue, finira par dicter les actions de toute une société.
« Le contexte nous amène dans une situation où la santé mentale doit absolument être partie prenante du travail que nous sommes en train de faire » a renchéri le médecin directeur de Panzi, faisant allusion à l’exponentielle montée de la déshumanisation d’une certaine frange de la communauté.

Depuis l’année 2003, le service de prise en charge des victimes de violences sexuelles de l’Hôpital de Panzi, a intégré l’approche psychosociale au paquet de services réservés aux patientes. En 2016, cette dimension thérapeutique s’est étendue à tous les services de l’Hôpital. Etant établi que les souffrances affectant les patients ne sont pas uniquement d’origine physique, la jonction du service de psychiatrie permet à l’Hôpital de Panzi d’établir un diagnostic psychiatrique afin de rassurer que les soins offerts aux patients sont complets.

« Les soins de santé ne peuvent être complets que s’ils intègrent l’approche santé mentale » soutient un principe de l’Organisation Mondiale de la Santé.

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