Le Professeur Dr Denis Mukwege interpelle le clergé.

Le professeur docteur Denis Mukwege interpelle le clergé protestant à remettre l’intégrité au centre de l’église, à travailler sur l’éducation et la sensibilisation, et à s’approprier la vie politique du pays car l’avenir de l’église en dépend.

Cet appel pathétique a été lancé, ce samedi 14 avril 2018, jour de clôture de la conférence scientifique de deux jours qu’a organisé la faculté de théologie protestante de l’Université Evangélique en Afrique, à l’initiative, et grâce à l’appui financier de la Fondation Panzi.
Ces assises scientifiques, organisées à l’intention des pasteurs et autres responsables des églises protestantes de la ville de Bukavu, ont porté sur « Le Rôle Prophétique de l’Eglise dans le Contexte Socio-Politique actuel de la RD Congo». Faisant partie des animateurs de cette conférence, le révérend pasteur Denis Mukwege en a appelé au sens de responsabilité de ses pairs afin de sortir de cette peau de victime que les congolais ont toujours voulu endosser pour se justifier de leur turpitude.
« Le congolais normal a toujours l’impression que c’est de la faute des belges (si le pays va mal) après ! Aujourd’hui c’est de la faute des rwandais, et on n’a même pas honte de le dire » a regretté le médecin pasteur, sensibilisant l’assemblée à se munir des valeurs afin de construire un pays fort après le déchiquetage qu’a subi la RDC à cause d’innombrables escalades de conflits et de violences.
Le professeur Mukwege, un citoyen engagé pour la cause de son pays, a découragé l’esprit d’indignation qui a longtemps caractérisé certains serviteurs de Dieu, en RDC, qui semblent tolérer leur souffrance et se disposent à l’endurer le plus longtemps possible. Pour le docteur Denis Mukwege, il est aberrant que l’église accepte impuissamment ce fatalisme qui permet à la force du mal d’engloutir les valeurs chrétiennes positives. Bien que n’étant pas de ce monde, tant que l’église est dans le monde, elle doit l’influencer pour qu’à l’inverse, elle ne soit pas engloutie par ce dernier.
« Le peuple regarde l’Eglise comme les justes, il attend de l’église une orientation qui a une attitude différente des bourreaux … Qu’est-ce que nous faisons de ceux qui nous entourent, de nos frères d’ici et d’ailleurs ? » a interpelé le pasteur Mukwege aux milliers de chrétiens prenant part à cette journée porte ouverte.
Le monde étant considéré comme un grand village, la RDC se présenté comme une cité dans ce village. Tel qu’il est recommandé dans l’évangile, l’église a la mission d’illuminer cette cité afin qu’y règne une politique basée sur la dignité humaine, différente de la politique littérale qualifiée comme l’art de mentir (par Kwame Nkurumah).
« Nous devons faire la part de choses entre cette politique là… et la politique dans son sens étymologique, qui consiste à la gestion de la cité… L’église a un rôle à jouer lorsqu’il s’agit de la justice sociale. Nous ne devons pas dire, “ce n’est pas notre affaire” », a pédagogiquement lâché le professeur Mukwege.
« L’homme qui répare les femmes » charge l’église responsable de la complaisance dont fait montre le pouvoir de Kinshasa, en piétinant exprès la constitution de la république. Il considère que le retour à l’ordre constitutionnel sera consécutif au changement de comportement de l’église. Par ailleurs, le docteur a encouragé le clergé à participer amplement à la gestion de la chose publique et à être prudent quand il est question de poser un acte politique, à quelque niveau que ce soit.
« Lorsque nous déposons notre bulletin dans l’urne, nous posons également un acte politique puisque les gestionnaire ne seront pas là si nous, on ne décide pas », a-t-il précisé !
Au docteur Mukwege d’interpeller l’église à garder cette identité que lui veut la société, celle de pépinière des valeurs salvatrices de la nation ! Cette identité, génératrice de visions cohérentes, aide l’église à peaufiner à la société un avenir radieux et prometteur.
« L’église doit aider à structurer la société autour des valeurs telles que la solidarité, le travail, la liberté, l’intégrité, la justice et la vérité… », A-t-on noté du message du révérend Mukwege.
A l’instar d’autres nations, ancestrales ou contemporaines, il est de la responsabilité des serviteurs de Dieu d’intercéder pour le Congo afin que Dieu agisse en faveur du pays, dans tous les secteurs de la vie. Le docteur Denis Mukwege a suggéré aux chrétiens congolais de suivre ce bon modèle du Kenya dont le peuple est tellement attaché à son pays qu’il ne cesse de le remettre dans les mains de Dieu. « Les kenyans ne peuvent pas terminer une célébration sans qu’ils prient pour le Kenya », a fait remarquer le docteur Mukwege aux centaines de fidèles congolais, conviées à la journée de réflexion, les appelant à un engagement citoyen.
A l’image de sa lutte de tous les jours, le docteur Denis Mukwege a recommandé au clergé protestant une perception mettant la personne au centre de toute pensée ; plutôt que sombrer dans le matérialisme, qui est la source même de la corruption et du manque d’intégrité morale. Il en appelle ainsi, aux hommes de Dieu, de « sortir de la phénoménologie de l’avoir et de la culture de la corruption … »
Cette conception n’est pourtant pas encré dans la mentalité des congolais ordinaires jusqu’ici, à en croire les dires du docteur : « Au Congo, la seule valeur que nous avons c’est l’avoir ! Si tu as l’argent, si tu es bien habillé, si tu as la belle voiture, tu peux te permettre tout ; on t’ouvre toutes les portes, et personne n’ose poser la question de savoir où est-ce que tu as eu cet argent ».
Somme toutes, le professeur Denis Mukwege a encouragé ses pairs, serviteurs de Dieu de développer la culture de l’intégrité, et de cesser d’incriminer les autres. Afin de reprocher aux politiques la malhonnêteté, les tricheries et les fraudes, l’église doit prêcher le bon exemple ; en refusant de se vendre contre le matériel. Il a enfin appelé les hommes de Dieu à « être des hommes sans prix ».
En plus du Docteur Denis Mukwege, la conférence scientifique a connu l’intervention de plusieurs autres éminents professeurs, dont le Professeur Felix Mutombo, venu de la Belgique, qui a édifié les conférenciers sur « Le serviteur souffrant face au rôle prophétique de l’Eglise », au premier jour de ces assises (le 13 avril 2018).
Les participants, édifiés par les communications des serviteurs de Dieu, ont ému le vœu de voir ces thème profiter à toutes les confessions religieuses de la RDC.

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