LE PROFESSEUR MUKWEGE DONNE SA POSITION

ENJEUX POLITIQUES DE L’HEURE EN RD CONGO

Allocution du Prof Denis Mukwege à l’occasion de sa signature du Manifeste des intellectuels au sujet du 3ème mandat présidentiel en RD Congo.

                     Panzi, le 07/08/2018

         

Mesdames et Messieurs,

Les enjeux politiques de l’heure sont dominés par l’engouement et l’effervescence difficilement compréhensible pour les élections. C’est du droit de chacun de croire en ce qu’il veut croire, mais d’ores et déjà, vous connaissez ma position sur cette question.

Primo, je remercie les nombreux compatriotes du pays et de la diaspora qui ne cessent de demander si oui ou non je serai candidat à la présidence de la République. Leur attention me touche et témoigne de leur attachement aux idées de renaissance de notre pays que je porte avec plusieurs d’entre eux.

Bien que ce soit un grand honneur de servir son pays et son peuple par le truchement d’un mandat politique, je le réitère, je le dis encore plus fort ici, je ne suis pas candidat à la Présidence de la République.

Secondo, vous le savez, depuis plusieurs mois je n’ai cessé de rappeler que le contexte politique actuel dans notre pays et le processus d’organisation des scrutins dont on nous dit qu’ils auront lieu au mois de décembre prochain, ne permettent pas de tenir des élections libres, transparentes, démocratiques, crédibles et apaisées. 

J’ai affirmé, à plusieurs reprises que je ne crois pas dans des élections organisées par un régime illégitime et illégal qui, depuis 2006, n’a fait qu’enfreindre la loi et tricher pour se maintenir au pouvoir.

En 2006, le pouvoir actuel devait organiser les élections locales, il ne l’a jamais fait. En 2011, après avoir changé la Constitution pour s’assurer une victoire, il a organisé des élections entachées d’irrégularités et de fraudes reconnues par les observateurs et institutions tant nationales qu’internationales.

En 2015, il s’était engagé à organiser l’élection des députés provinciaux, des gens ont payés leurs cautions, des listes ont été publiées par la CENI, mais à ce jour ces élections n’ont jamais été organisées.

Le 19 décembre 2016 devait être la fin du dernier mandat de Joseph Kabila. Vous connaissez la suite. 

Le 31 décembre 2017 devait être la fin de l’allonge de ce mandat, tel que conclu dans l’accord de la Saint Sylvestre, mais Kabila est toujours là.

A moins d’être naïf, pourquoi voulez-vous que quelqu’un qui n’a jamais respecté sa parole depuis 2006, la respecte aujourd’hui ?

Pourquoi voulez-vous que quelqu’un qui n’a pas tenu parole à la CENCO, à tous les évêques de notre pays, dise la vérité aujourd’hui ?

Au vu de ces faits, je ne crois pas en ce miracle-là. Tout est mis en œuvre soit pour ne pas organiser les élections, soit pour tricher.

Les graves violations des droits élémentaires, la restriction des libertés publiques, le harcèlement des hommes et femmes politiques, de partis politiques et de la société civile, l’intrusion de la machine à voter, tout l’arsenal de falsification des élections, si elles auront lieu, est déjà en place.

Si elles sont organisées, ces élections serviront tout simplement à légitimer le pouvoir en place et le peuple congolais devra alors se résoudre à poursuivre à vivre son calvaire.

Pour ces raisons et d’autres encore, la conviction de nombreux Congolais et la mienne est qu’il faudrait une institution et des animateurs neutres pour organiser des élections réellement libres, démocratiques, crédibles et apaisées. C’est l’idée même d’une transition citoyenne à laquelle fait écho le présent Manifeste des universitaires congolais au sujet du 3èmemandat présidentiel en RD Congo. Je vais maintenant le signer solennellement.  J’invite toutes les congolaises et tous les congolais à le signer massivement, avec une grande et une ferme conviction.

Je vous remercie.

Prof Denis MUKWEGE.

 

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