DEUX ANS APRES LE PRIX NOBEL DECERNE AU Dr MUKWEGE

11 Déc
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DEUX ANS APRES LE PRIX NOBEL DECERNE AU Dr MUKWEGE

 Les lignes bougent et l’espoir en la justice pour les victimes se fait jour.

 

Ce 10 décembre 2020, marque le deuxième anniversaire du Prix Nobel de la Paix décerné au Dr Mukwege conjointement avec Madame Nadia Murad.

 

Le plaidoyer du Nobel…

Dans son discours prononcé du haut de la tribune du Comité Nobel à Oslo, le Dr Mukwege avait dénoncé les graves violations des droits humains perpétrées en République Démocratique du Congo depuis près de trois décennies : des massacres, des assassinats, et des viols commis sur les populations civiles avec leurs lots des souffrances inouïes, particulièrement pour les femmes et les enfants.

Au vu de la gravité de la situation, le Dr Mukwege avait appelé la société civile congolaise, l’Etat congolais, la Communauté internationale et toutes les personnes éprises de justice et de paix à se mobiliser pour lutter contre l’impunité qui fait le lit de ces violences.

En effet, les auteurs présumés de ces crimes documentés dans le rapport Mapping sont toujours libres et certains ont même bénéficié de promotions dans les institutions politiques, économiques et militaires de la RD Congo et des pays de la sous-région. Ce climat d’impunité encourage la répétition des crimes  dans de nombreuses provinces du pays.

 

Encore du sang et des larmes…

 

A la crise politico-sécuritaire et humanitaire qui perdure depuis près de trois décennies s’est superposée, depuis janvier 2020, une crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus.

Au niveau sécuritaire, il existe toujours des centaines de milices qui sèment la terreur dans de nombreuses régions du pays pour piller les ressources minières. Malgré leur courage, les forces de sécurité et de défense congolaises, mal encadrées, peu formées et sous équipées, n’arrivent malheureusement pas encore à les mettre hors d’état de nuire.

La mission des Nations unies, bien que présente en appui à l’armée congolaise depuis plus de 20 ans et disposant des ressources conséquentes, n’a pas eu un impact significatif sur le plan militaire.

Un récent rapport des Nations Unies s’alarme de la détérioration de la situation des droits humains dans les provinces en conflit, au Nord et à l’Est du pays. Il a documenté plus de 4000 violations et atteintes aux droits de l’homme sur le territoire de la RDC au cours du premier semestre de l’année 2020, parmi lesquelles on compte un très lourd bilan humain de plus 1300 morts ! Les massacres se poursuivent chaque jour comme des faits divers à Beni, Ituri, Kalehe, Minembwe, etc.  A cela s’ajoute des milliers de déplacés.

C’est dans ce contexte de grave insécurité que les cas de violences sexuelles liées aux conflits ne cessent d’augmenter. Les corps des femmes, mais aussi des jeunes filles et parfois même des bébés, continuent d’être utilisés comme un champ de bataille.

 

La forteresse du silence se fissure…

 

Pendant des décennies, cette situation dramatique s’est passée dans une indifférence assourdissante de nos autorités étatiques mais aussi du reste du monde. Toutefois, aujourd’hui, une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Une prise de conscience nationale et internationale de la gravité de ce désastre humain se fait jour.

 

Suite au plaidoyer soutenu du Dr Mukwege, l’espérance en la justice contre ces crimes odieux prend le visage du possible. Au Congo comme dans le monde, des voix courageuses se sont levées pour rompre le silence et réclamer la mise en œuvre des résolutions du « Rapport Mapping » des Nations Unies qui, en 2010, avait répertorié 617 violations de droits de l’homme et de droit international humanitaire commises en RD Congo entre 1993 et 2003 dont certaines peuvent être qualifiées de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et même de crimes de génocide.  Dix ans après, ces crimes imprescriptibles restent toujours impunis.

 

Ces voix sont celles du mouvement mondial des survivantes des violences sexuelles, des organisations de la société civile congolaise, de l’Eglise du christ au Congo, de la Conférence des évêques catholiques du Congo, de l’Ordre des avocats, des parlementaires et même du président de la République Démocratique du Congo. Ces voix sont aussi celles des nombreux amis du Congo sur le continent africain, en Europe et en Amérique. Des églises, des associations citoyennes, des écoles, des élus, des mairies, etc.

 

Ces voix se sont dressées contre le  statu quo qui n’est plus supportable car, ceux qui ont cherché à enterrer le rapport Mapping sont ceux qui cherchent à travestir la vérité et à éluder leurs responsabilités en vue de maintenir le chaos organisé pour piller les ressources naturelles du pays.

 

Une lueur d’espoir dans un ciel gris…

 

Nous avions salué la communication du Chef de l’Etat  congolais Felix Tshisekedi lors du Conseil des Ministres du 7 août 2020 au cours duquel il avait instruit le Gouvernement de mettre le dossier de la justice transitionnelle à son agenda.

Et le 06 décembre 2020, dans son discours à la Nation après les « consultations nationales » il s’est, entre autre, engagé à « recourir aux instruments de justice transitionnelle pour bâtir le chemin de la réconciliation et de la paix ainsi qu’à obtenir de la communauté internationale et des Nations unies en particulier, le soutien à l’initiative visant l’établissement d’un tribunal pénal international et de chambres spécialisées mixtes en RDC ».

Le plaidoyer de la société civile congolaise et de la diaspora a également porté ses fruits au niveau international :

Dans une résolution publiée le 17 septembre 2020, le Parlement européen a soutenu l’établissement d’un Tribunal Pénal International pour la RDC et a exhorté dans une résolution le Conseil de Sécurité des Nations Unies de l’adopter.

Dans le cadre du dialogue politique EU/RDC, le chef de la diplomatie européenne a insisté sur le fait qu’il ne pourra y avoir de retour à une paix durable sans jugement des crimes rapportés par le Rapport Mapping mais aussi tous ceux commis depuis lors.

Les diplomaties américaine, canadienne et suisse se sont aussi prononcées contre l’impunité pour les crimes les plus graves et en faveur de mécanismes de poursuites et de jugements internationaux ou internationalisés/mixtes.

Le 30 Août 2020, cinquante-sept députés, maire-adjoints, conseillers municipaux et conseillers communaux de la France et de la Belgique ont écrit une tribune dans le journal « Le Parisien » pour notamment, appeler le Président de la République française Emmanuel Macron et la Première ministre belge Sophie Wilmes à s’engager davantage dans la lutte contre l’impunité et pour la Paix en RDC.

Le 25 novembre 2020, vingt-neuf députés nationaux des différentes régions de la France ont écrit au Président Macron dans le même sens.

Madame Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme, les mairies de Melun en France, les villes de Bruxelles et d’Ath en Belgique, Amnesty International et tant d’autres organisations internationales se sont mobilisées et prononcées pour soutenir le Dr Mukwege et la lutte contre l’impunité en RDC.

Enfin dans son rapport du 21 septembre 2020, le Secrétaire Général des Nations Unies a encouragé le gouvernement congolais à « adopter une stratégie nationale de justice transitionnelle qui permettrait de lutter contre l’impunité et de rendre justice aux victimes ».

L’expression de tous ces soutiens s’inscrivent dans un élan de plus en plus large de la société civile congolaise, notamment les églises (comme l’ECC, la CENCO), les mouvements citoyens, les associations de victimes, des universités mais aussi des barreaux d’avocats de Bukavu et de Kisangani, qui ont manifesté par milliers à l’occasion du 10e anniversaire de la publication du rapport Mapping le 1er octobre dernier. Ils exigeaient la fin de l’impunité et la mise en place d’un Tribunal Pénal International pour la RDC et/ou des Chambres spécialisées mixtes.  En ce jour de la journée internationale des droits de l’homme, les avocats de Lubumbashi et d’autres organisations de la ville leur ont emboîté le pas.

En date du 1er octobre 2020, la Commission Justice, Paix et Sauvegarde de la Création de l’Eglise du Christ au Congo a pris l’initiative de lancer une campagne nationale de sensibilisation et de plaidoyer sur le rapport Mapping.

Lors de la 57ème Assemblée plénière de la CENCO du 12 au 15 octobre 2020, les Archevêques et Évêques membres de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo ont adressé un message au peuple congolais l’invitant à l’engagement citoyen. Ils ont exhorté le Gouvernement congolais de faire une demande formelle d’institution d’un Tribunal Pénal International pour la RDC afin d’engager des poursuites contre les présumés responsables, internes et externes, des milliers de morts et d’autres victimes de violations des droits de l’homme évoquées dans le rapport Mapping.

 

Une brise du renouveau souffle sur la RDC…

Les lignes bougent enfin mais cet éveil et cette prise des responsabilités de la société civile congolaise et mondiale, ainsi que des autorités et organisations internationales  devraient  être soutenus afin que ce mouvement planétaire maintienne le cap.

Pour que reste allumée la flamme du combat pour la justice et la paix, nous devons poursuivre cet engagement et exiger la mise en place d’un Tribunal Pénal International pour le Congo et/ou des chambres spécialisées mixtes afin de garantir une justice indépendante et impartiale. Cela permettra de mettra fin à l’impunité dont jouissent les auteurs et les commanditaires politiques et militaires, nationaux et étrangers des crimes commis en RDC depuis près de 30 ans jusqu’aujourd’hui.

Nous sommes au début du processus de justice transitionnelle qui nous mènera  des larmes au calme, de la guerre à la paix. Nous avons le devoir de définir une stratégie holistique de justice transitionnelle qui devra prévoir des mécanismes judiciaires et non judiciaires pour que le droit et la vérité soient dits. Cela, afin que les victimes et les survivants obtiennent des réparations. De plus, il faudrait mettre en place  des réformes institutionnelles du secteur de la justice et de la sécurité qui garantissent  le non renouvellement des atrocités.

Nous avons la conviction que la population congolaise recouvrira un jour ses droits à la justice et  à la dignité.

Nous avons l’espoir, que les populations de notre pays, associées aux organisations, aux femmes et aux hommes épris de paix et de progrès à travers le monde resteront les porte-étendards et les actrices plénières de ce changement qui éclot sous nos yeux comme une fleur aux pétales blancs de l’optimisme.

L’avenir des peuples, des pays et de toute notre humanité a toujours été tracé par le courage, la sueur et les intelligences de leurs filles et fils. L’horizon n’est jamais éternellement bouché pour une génération humaniste et déterminée.

Ravagé depuis trente ans par les flammes de la barbarie, aujourd’hui l’espoir en RD Congo  renaît de ses cendres. Ensemble, poursuivons notre lutte contre l’assurance de l’impunité à vie, avançons main dans la main sur le chemin de la Justice  et de la Paix.

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