VIOL DE MASSE À LUBICHAKO: UNE CRISE HUMANITAIRE OUBLIÉE

2 Oct
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VIOL DE MASSE À LUBICHAKO: UNE CRISE HUMANITAIRE OUBLIÉE

Entre avril 2017 et avril 2019, la Coordination des Nations Unies aux Affaires humanitaires, OCHA a enregistré à partir du système d’alertes sécuritaires, des graves violations des droits humains à caractère sexuel dans les Provinces du Sud-Kivu, de Tanganyika et du Maniema. Les cas rapportés se sont déroulés respectivement en territoire de Fizi dans les zones de santé de Nundu, Kimbi Lulenge et Minembwe  pour le Sud-Kivu; concernant le Tanganyika, ces faits ont lieu dans le territoire de Nyunzu ; quant à la province du Maniema, c’est le territoire de Kabambare qui a été le théâtre de ces atrocités.

Qui sont les parties prenantes dans ces violences ?

L’équipe d’urgence déployée sur le terrain depuis le 24 septembre 2019 rapporte que le conflit dans les contrées reprises plus haut opposerait les communautés Twa aux peuples Bantous. En effet, pour se venger contre la dévaluation dont ils font l’objet de la part de leurs voisins bantous, les pygmées (peuple autochtone) s’en prendraient depuis un temps aux femmes bantoues sous prétexte que les hommes bantoues épouseraient facilement les femmes pygmées mais l’inverse n’est pas possible. Face à ce phénomène, les hommes Twa se sont organisés en milice et leur cible privilégiée serait les femmes bantoues. Ce phénomène se serait amplifié ces deux dernières années au point qu’à ce jour on a déjà enregistré environ 700 cas de victimes de viols de masses et violences sexuelles dans l’aire géographique qui compte 26 aires de santé.

Quelle réponse les acteurs humanitaires réserve-t-elle à cette crise ?

Déployée sur le terrain depuis le 24 septembre, une équipe multisectorielle composée de la Fondation Panzi et de la Monusco vient de prendre en charge 108 survivants de violences sexuelles. Parmi les cas enregistrés, figurent 4 mineures. 2 cas de sodomie ont été aussi pris en charge. Le cas de survivantes de violences sexuelles le plus âgé est celui d’une femme de 75 ans et le moins âgé est de 12 ans. Toutefois ces statistiques restent partielles étant donné le contexte d’insécurité qui caractérise cette région. Par conséquent, certaines victimes auront difficile à bénéficier de la prise en charge holistique. Notamment celles se trouvant dans les axes les plus éloignés à savoir en territoire de Kabambare et de Nyunzu. Notons dans leur déploiement, les équipes d’intervention travaillent dans 5 aires de santé, notamment Lubichako, Misisi, Lulimba, Nyange, Ngalula, compte tenu de leur approchement  parmi les 26 aires de santé qui composent la zone de santé de Kimbi Lulenge.
Les 5 aires de santé sont situées aux alentours du camp de la Monusco  à Lubichako pour la sécurité de l’équipe sur terrain.

Comme on peut le remarquer, cette mission est confrontée à plusieurs difficultés. La sécurité reste volatile dans cette région où la présence des éléments des Forces armées de la RDC et ceux de la Police nationale congolaise est quasi inexistante. L’accès aux bénéficiaires de l’action relève de parcours du combattant à cause de l’état délabré des routes.

Comment prévenir ces genres de situation dans l’avenir ?

A partir des entretiens organisés avec l’autorité locale et les acteurs de la société civile, les actions suivantes s’imposent : la restauration rapide de l’autorité de l’Etat en augmentant les effectifs des miliaires et des policiers. Evidemment, ceci n’est peut être possible sans la réhabilitation des infrastructures routières ; la convocation d’un dialogue intercommunautaire dans le cadre de la « Paix et Réconciliation » comme voie vers une justice transitionnelle s’impose; le renforcement des structures sanitaires afin de permettre aux femmes victimes de violences sexuelles d’accéder aux soins appropriés et cela à temps utile ; la distribution des vivres en faveur des enfants malnutris et des intrants agricoles pour la sécurité alimentaire ; la mise en place d’un réseau de para juristes dans la résolution pacifique des conflits.

En attendant d’identifier les auteurs et autres commanditaires de ces crimes imprescriptibles, la Fondation Panzi et ses partenaires parent au plus urgent, à savoir la prise en charge intégral des survivants à travers ses interventions médicales, psychosociales et juridiques.

« Ayons le courage de révéler les noms des auteurs des crimes contre l’humanité pour éviter qu’ils continuent d’endeuiller cette région. » Dixit, Dr Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018.

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